RITORNA AL TESTO | FOTO 1 | SUCCESSIVA |
Serge Tonino épouse, en 1959 à Brazzaville, Françoise, la fille du Commandant de Roërgas en poste dans cette colonie. Ils sont jeunes 23 et 22 ans et auront deux filles. Le père, Giobatta Tonino, y était arrivé en 1957 pour réaliser la couverture de la centrale électrique du Djoué, un affluent du Congo, avec Enea Nicoloso comme chef de chantier. Suivront des dizaines d’années de couverture et d’asphalte. Giobatta reviendra à Domont pour y finir ses jours et sera inhumé à Buja. Serge et Françoise reviendront s’installer en 2004 dans la région de Domont pour y retrouver amis, parents et un peu d’ambiance frioulane. Le père de Françoise, le Commandant de Roërgas était le descendant d’une longue lignée de militaires: serviteurs de la Marine, de la Justice, des Ordres militaires et Hospitaliers, de la Littérature, des Rois et de Napoléon. Parmi les bretteurs, on remonte à Léonard de Roërgas qui se distingue à la bataille d’Azincourt le 25 octobre 1415, laquelle verra l’occupation de la France par les Anglais pour cent ans. Plus près de nous, Alfred Emmanuel de Roërgas de Serviez, lieutenant des armées de Napoléon - fils d’un général des armées d’Italie - se trouve dans les Pyrénées prêt à envahir l’Espagne. Le voilà qui tombe amoureux de la fille d’un général. Tous deux décident de tout abandonner, lui: femme et enfants, honneurs militaires, elle: son mari, ses enfants, sa situation, pour s’enfuir tous deux à cheval vers un port breton et l’Angleterre qui les refuse. Il se présente aux officiers de la rébellion, auréolé du prestige d’officier de Napoléon; il y retrouve l’ennemi d’hier l’Espagne et espère ainsi se racheter de sa désertion. Bolivar le nomme général et le charge de former des officiers. Il lui confie la ville de Carthagene assiégée où meurent Stéphanie la fugueuse et leur fils. Bolivar lui confie d’autres champs de bataille pour la libération de cette partie du Venezuela qui deviendra Colombie. Finalement, il meurt assassiné dans un guet-apens. Tous les écoliers de Colombie connaissent et vénère son nom qui est inconnu en France (on ne pardonne pas la désertion). Le département de Meta en Colombie a failli s’appeler Serviez. (1) Quel plaisir d’écouter ce couple chaleureux, Serge et Françoise: la naissance de Françoise première française née à Banghi dans une infirmerie de brousse... maman accouchée par un jeune médecin et une religieuse en présence du ”boy-panka” qui actionnait le ventilateur avec le pied... visite d’une panthère venue en curieuse ou en quête d’un festin!!! panique générale!!! concert de casseroles et fuite du félin. Elle se souvient du tam-tam de brousse et des commentaires de ses parents: “ils vont à la chasse de quelque pauvre victime...” le fleuve Congo à traverser pour se ravitailler côté belge plus achalandé. Ségrégation poussée à l’extrême oblige: les Belges, les Français et les Noirs sur trois files différentes. L’épopée des de Roërgas-Tonino, une saga romanesque, aventureuse, pathétique, captivante, scandaleuse parfois, jamais monotone et finalement laborieuse. Je les écoute tous deux et je perçois rêveur le cliquetis des armes, le tam-tam de brousse, le feulement de la panthère et le “daï-daï” des Frioulans riches de leur savoir-faire. Longue vie à ce couple et à cette frioulanité qui semble disparaître mais se dilue ici et là dans des viscères insoupçonnés!
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